FRAMES

une installation visuelle et sonore de Nicolas Clauss - 2018


"Frames, terme polysémique qui signifie à la fois « cadres », « images » d'une séquence filmée ou encore « silhouette », est une œuvre vidéo présentant des individus recroquevillés et contraints par la dimension des boîtes à l'intérieur desquelles ils évoluent. Les boîtes, huit caisses de bois assemblées verticalement et horizontalement pour former une pyramide, contiennent un corps, dans le même temps isolé et relié aux autres par sa condition. Pris individuellement le corps interprète sa propre partition de gestes, considéré au sein d'un ensemble, il participe à une sorte de pièce chorégraphiée.

Nicolas Clauss filme des habitants du Mans, dans la tenue vestimentaire de leur choix. Ils ne sont ni des professionnels de la danse ni du théâtre. L'artiste concentre toute son attention sur les mouvements produits, non définis au préalable bien qu'orientés par le confinement. S'ils doivent être exécutés le plus naturellement possible dans une situation quelque peu exceptionnelle, c'est à posteriori que l'artifice intervient, à partir d'expérimentations sur l'image filmée.

Des mouvements du corps, désormais réifié, sont détournés et manipulés pour être ralentis ou fractionnés, puis répétés : déplacement oscillatoire d'un bras, d'un pied, d'un bassin, de gauche à droite, de droite à gauche. Coude-main-main-coude, pied, pied, pied, le corps bute, insiste, recommence. Comme reliés à des électrodes invisibles qui enverraient des stimulations électriques, les membres exécutent des soubresauts. Il en résulte un sentiment d'étrangeté que la création sonore, produite synchroniquement jouée, vient renforcer.

Se mouvoir dans une boîte, pour quoi faire ? Frames devient une nouvelle projection des interrogations qui traversent Nicolas Clauss depuis de nombreuses années à en croire sa formation en psychologie sociale et ses réalisations antérieures. De quelles façons s'exprime notre individualité ? Dans quelle mesure notre comportement est-il influencé par le groupe ? Quelles sont les interactions humaines en jeu ? Quels comportements génèrent-elles ? Tantôt la matrice (le groupe, la boîte, etc.) enveloppe, tantôt elle absorbe.

Le corpus d'œuvres de l'artiste se nourrit et s'enrichit de la récurrence. D'un groupe constitué, l'artiste extrait un corps et par différents procédés, le manipule, décompose, accentue, souligne ou répète ses actions, pour lui attribuer un nouvel état. L'image est étirée, dilatée, la caméra zoome et dézoome, les corps opèrent des mouvements vibratoires, le regard fixe l'objectif (et par rebond l'observateur). Corps de l'individu et corps social. Corps chorals. La foule se fait abstraction, l'être, dans sa singularité, devient sujet de représentation.

Peintre repenti, Nicolas Clauss s'attache à la composition. Des cadres (les pourtours des caisses) bordent chacun des « portraits » en mouvement ou les boîtes vides. Le cadre signifie la limite et isole le sujet pour le soustraire à tout contexte temporel et environnemental ; il marque une rupture, nie le hors champ, et se fait métaphore de schémas sociaux et comportementaux. L'ensemble forme un polyptyque qui s'observe à distance, dans sa totalité, et par séquences, en fixant l'attention sur un écran en particulier.  

Si l'écriture de Frames est précise, le protocole de mise en œuvre réglé et les outils numériques parfaitement maîtrisés, une fois mise en route l'installation répond à un programme aléatoire générant d'infinies combinaisons. Le mode aléatoire est envisagé à la fois comme outil de travail et langage formel. Il n'engage aucune narration et permet un renouvellement permanent de ce qui se joue, sans début ni fin. Ouverte, sans cesse renouvelée, Frames livre passage à l'imprévu."

C.H.

 
MECANIQUE DE LA PIECE

La pièce réunit 8 boites en bois, contenant chacune un écran. Chaque écran est connecté à un ordinateur et peut diffuser 4 corps distincts (soit 32 personnes filmées). Les 8 ordinateurs sont eux mêmes connectés à un ordinateur maitre qui exécute la partition visuelle et sonore.  La pièce se joue en temps réel et se renouvelle sans cesse. Régulièrement un des corps disparait pour laisser la place à un autre. Les boites peuvent aussi se vider de leur contenu laissant l'image à une boite vide. Ces règles compositionnelles laissent ainsi la place à de multiples combinaisons... autant de tableaux possibles.

TECHNIQUE

9 ordinateurs, 8 moniteurs (50 et 55 pouces), 12 boites en bois (dont 4 socles), 1 à 2 paire(s) de haut-parleurs

dimensions : environ 4 m de large par 3 m de haut

coproduction Les Quinconces - L'Espal, scène nationale Le Mans, avec le soutien du DICAM.

 

 

ENGLISH

 

















Toutes photos exposition aux Quniconces, scène nationale, Le Mans ( 2018)

 

Little Boxes...